Agrumes et fruits frais


Les producteurs en image


Qu'est ce que le Jardin des Biodiversités ?


LE GALLINE FELICI

de Roberto Li Calzi

(traduction du texte « La storia »)

 

Ce qui suit est le compte-rendu en 7 tableaux plus un, avec un intermède et une morale finale, d'une petite histoire individuelle évoluant vers une grande aventure chorale. Les scènes initiales se déroulent entre Catane et Syracuse, puis le tableau s'élargit à la Sicile Orientale ; enfin toute l'Ile est impliquée avec de nombreuses ramifications dans le reste de l'Italie.

 

Premier tableau : la vie à la campagne

Avec un passé d' « enfant des fleurs » plutôt extrémiste, parvenu à l'âge adulte , avec un fils à venir, assez inévitable le choix de vivre à la campagne. Tout comme celui de s 'entourer de nature, de produire sans poisons et de faire gambader mes fils, avec les poules et les oies, dans un environnement propre.

 

Second tableau : la certification et les désillusions

Des premiers pas pionniers aux premières rencontres du CSAB (Coordination Sicilienne Agriculture Biologique), l'agriculture biologique fut « finalement » codifiée et nous saluâmes finalement comme un succès personnel, la certification !

... Et puis, les papiers, les cahiers, la bureaucratie pendant que nous voyions des camions énormes portant le mot BIO sortir d'entreprises de serriculture qui jusqu'à peu menaient cultures intensives et grands traitements. C'est cela que nous voulions ? C'est pour cela que nous nous étions battus ?

 

Troisième tableau : Expulsés

Pour bien nous comprendre...
En 84 tu vendais le blé au marché de gros à 565 lires le kg, en 2000 on le vendait autour de 300 lires.
En 84 je vendais mes oranges aux commerçants à 750 lires le kg (sur l'arbre, c'est eux qui les récoltaient), en 2000 ils en offraient 300 ou 400, aujourd'hui, si tout va bien, mais vraiment très bien, ils t'en offrent 25 centimes d'euro, si ce n'est 10/12, voire même 7. Mais aussi rien ! Et tu dois les prier pour te faire décharger les arbres.
Mais combien coûtait en 84 un kg de pain ? Et un litre d'essence ? Et un café au bar ?
Et aujourd'hui ?
Je n'arrive plus à vivre de l'agriculture, je dois chercher autre chose à faire. Mais que faire à 43 ans, après en avoir passé 15 à faire l'agriculteur ? Des petits boulots sous-payés pour quelques années, en continuant à maintenir en vie l'orangeraie, en cherchant autour de moi, en me demandant quoi faire... Eh bien, pendant ce temps j'apprends à utiliser l'ordinateur !

 

Quatrième tableau : la rencontre avec les GAS (1)

Pas tous ceux d’aujourd’hui , celui qu'il y avait il y a 7 ou 8 ans ! Un mail à toutes les adresses (240, alors) trouvées sur le site des réseaux GAS. Réponses positives, premiers contacts, premières commandes ; un merci, en plus des sous, après chaque expédition !

Mais surtout des relations. Je sors de l'isolement, j'échange des mails, des pensées, des émotions, des projets avec un nombre croissant de personnes avec lesquelles je trouve de fortes affinités.

 

Cinquième tableau : la croissance

Rapidement mes oranges ne suffisent plus, j'implique d'autres producteurs, de vieux amis avec lesquels j'avais partagé un rêve mais qui, du fait de la même crise, étaient en proie à la même désillusion dont je commençais à peine à sortir. Le cercle grandit, les relations aussi. Les premières visites des gasistes du centre-nord qui descendent pour nous connaître, nous inspecter (pourquoi pas?), pour partager avec nous un bout de vie (qui trois jours, qui trois mois à cueillir les oranges).

Et puis les premières participations (nous sommes à présent un groupe, même si pas encore légalement constitué) aux foires du nord, pour rencontrer nos acheteurs, pour donner un visage à tous ces quelqun@quelquepart.it

 

Sixième tableau : le Galline Felici

Le Galline Felici (les poules heureuses (2)) : nous nous constituons en coopérative avec les producteurs avec lesquels nous avons commencé cette aventure et avec quelques autres qui, partageant idéaux et objectifs, se sont peu à peu ajoutés. Le galline felici, métaphore de la libération du joug d'un système économique géré par qui, au nom du profit maximum, broie tout ce qui entrave l'aveugle consentement à cet objectif. Aujourd 'hui une coopérative de 14 entreprises réparties entre Giarre et Noto, plus une située à Piazza Armerina, une dizaine d'ouvriers et employés légalement rétribués, les transports confiés à une entreprise confisquée à la criminalité organisée et confiée au domaine public.

 

Intermède : vive les GAS !

Non seulement ils ont redonné une dignité à notre travail, en le soustrayant à la spéculation sur notre peau, mais l'intense fréquentation épistolaire autour et au-delà des commandes, les visites réciproques nous ont aidés à grandir dans la culture de l'écologie et la confiance, à développer des projets communs.

Ils nous ont stimulés à penser en grand, à oser l'inosable ! Ils nous ont changé les vies !
Merci, les GAS !

 

Septième tableau : Siqillyàh

Nos horizons se sont élargis, les relations se sont intensifiées. En 2008 naît

l'association Siqillyàh (3), tisseuse de réseaux eticheRETIche (4). Elle naît en Sicile et la porte dans son nom, mais 40% de ses sociétaires sont dans le nord de l'Italie. Pour promouvoir l'association de toutes les réalités, particulières ou collectives, auxquelles ne plaisent pas les choses telles qu'elles vont et, plutôt que se lamenter ou protester, qui cherchent à les changer en construisant une nouvelle économie basée sur de nouvelles relations.

Siqillyàh propose, contre toute logique et tradition, que la congrès national des GAS se déroule en Sicile en juin 2009. Siqillyàh organise alors « le débarquement des GAS » et fait converger vers la Sicile un bon millier de familles de gasistes (entre ceux intervenant au congrès et ceux venus avant et après) pour rencontrer cette réalité peu connue, peut-être insoupçonnée, de l'économie solidaire sicilienne, pour faciliter la rencontre avec les autres réalités productives siciliennes et les consom'acteurs du centre-nord, pour favoriser le croisement des regards entre personnes de cultures et d’expériences diverses mais rapprochées par la même aspiration.

 

Vers le huitième tableau et au-delà : la plateforme des producteurs siciliens bio-véritables

Forts de l'attention et du soutien du réseau national, nous consolidons à présent ce réseau de relations. Nous étant connus, ayant appris à nous respecter et à nous faire confiance réciproquement, hors des lieux communs, nous commençons à développer des projets communs qui portent avantage à tous. Nous démontrons que l'économie solidaire, non seulement est l'unique praticable, mais qu'elle est adaptée, rationnelle et extrêmement agréable et gratifiante.

Nous expérimentons la plateforme des producteurs bio-véritables siciliens, disposés à souscrire un pacte de solidarité réciproque, dans lequel le plus gros soutient en partie l'effort du plus petit, au lieu de tenter de le phagocyter, à condition que « participation et engagement » deviennent les mots clés de tous.

 

Le Moral et la Morale

Le moral de qui opère dans l'économie solidaire, ceci est du moins notre expérience, est extraordinairement haut. Cela fait une belle différence pour un producteur agricole d'avoir à attendre un acheteur qui se fera prier pour prendre tes produits et que tu devras remercier pour te les avoir volés ou de savoir qu'un réseau de consom'acteurs conscients attend les fruits de ton travail et suit la météo (parce qu'il commence à comprendre), cassant la barrière des différences et défiances

Même, dans de nombreux cas, on prend en compte les risques de l'entreprise, on discute et partage les choix, et parfois on soutient financièrement dans les moments critiques. En somme, pour le dire vite, la différence entre se sentir seul au milieu des loups et se sentir nœud d'une unique trame !

La morale est qu'on peut faire !

 

Si nous brisons les tabous et les lieux communs ;
–  si nous comprenons que chaque don ne nous enlève rien, mais revient multiplié ;
–  si nous comprenons que, ou bien nous nous sauvons tous ,ou bien on ne sauve personne ;
–  si nous apprenons à coopérer, en renonçant à l'individualisme, au soin maniaque de notre petit jardin, pour mettre la main tous ensemble à un grand champ commun.

 

Notes
(1) G.A.S. = Gruppo di Acquisito Solidale (Groupe d'Achat Solidaire) Environ 900 GAS sont actuellement recensés en Italie

« Un groupe d'achat solidaire est formé d'un ensemble de personnes qui décident de se rencontrer pour acquérir en gros des produits alimentaires ou d'usage commun à redistribuer entre eux.

Un groupe d'achat devient solidaire au moment où il décide d'utiliser le concept de solidarité comme critère dans le choix des produits. Solidarité qui part des membres du groupe et s 'étend aux petits producteurs qui fournissent les produits, au respect de l'environnement, aux peuples du sud du monde et à ceux qui – à cause de l'injuste répartition des richesses – subissent les conséquences iniques de ce modèle de développement » http://www.retegas.org

(2) Les poules heureuses ? Ce nom vient de la pratique de récupérer des poules pondeuses arrivées en fin de cycle dans les élevages en batterie et de leur redonner une nouvelle vie en les laissant vagabonder librement sous les orangers... Le site : www.legallinefelici.it

(3) « Siqillyàh » est une transcription latine du nom que donnaient les arabes à la Sicile.
(4) «
eticheRETIche » [étikérétiké]= adjectif pluriel d'invention formé à partir des adjectifs

pluriel « etiche » = éthiques et « eretiche » = hérétiques ; y figure aussi « RETI » = réseaux. (traduction : pnbk)